Encadrer les 6-10 ans : pédagogie, sécurité et plaisir au cœur de l’apprentissage
Comment s’y prendre avec des enfants (6-10 ans) qui ont tout juste dépassé l’âge de raison et leur proposer des enseignements à la fois agréables et enrichissants en vue de contribuer à leur maturation ? Éléments de réponse avec Ben Mladjao, Président et animateur de l’association La Chaîne, à Rouen, laquelle a participé, en mai 2025, au Road Tour Sports pour Tous. Un évènement organisé par la Fédération et qui accueille les pré-adolescents dans une démarche de promotion de la citoyenneté et de l’écoresponsabilité.
Animation sportive 6-10 ans : quelques spécificités
Un accueil personnalisé
« Nous partons toujours d’un diagnostic individuel, explique Ben Mladjao. Pour cela, nous rencontrons, au départ, chaque enfant pendant une heure et demie avec ses parents. Cela nous permet, ensuite, d’individualiser les contenus que nous lui proposons. Par ailleurs, nous lui faisons toujours faire deux séances d’essai. Si cela ne marche pas, il a la possibilité d’arrêter. Et, s’il est encore là, c’est qu’il aime notre façon de faire. »
La sécurité avant tout
La première règle avec les 6 – 10 ans, c’est d’assurer un encadrement en toute sécurité au sein de la structure parce que c’est un public qui a tendance à faire la chose qu’il ne fallait pas faire. Il faut donc, parfois, interdire, toujours mettre les enfants sous surveillance mais également tout vérifier : ne pas avoir de sol glissant, ne pas laisser d’objet dangereux à portée de main, bien cadrer l’espace de pratique etc. », recommande le Président de l’association La Chaîne.
Acquérir un savoir-être
« Ce sont des âges où il peut y avoir beaucoup de moqueries car les jeunes sont en pleine affirmation d’eux-mêmes, prévient Ben Mladjao. C’est pourquoi ils ont tendance à se moquer pour exister. Il convient donc d’être vigilant sur la transmission des valeurs comme le respect, la politesse, la tolérance, la solidarité, l’humilité ou encore, la faculté de s’encourager mutuellement. En somme, sur l’acquisition d’un savoir-être : dire bonjour, ne pas s’énerver quand on perd à un jeu etc. »
Adapter le contenu de la séance et les objectifs
« La tranche d’âge six-dix ans est l’une de celles au cours de laquelle on change le plus. À six ans, on entre au CP tandis qu’à dix ans, on est en CM2 et presque un collégien. Cela induit de vraies différences. D’où la nécessité d’adapter le contenu des séances et les objectifs en fonction de l’âge et des capacités de chacun, affirme Ben Mladjao.
Par ailleurs, il est préférable de quantifier les objectifs pour mieux avancer étape par étape. Il est ainsi plus facile, pour l’enfant, de savoir où il en est et où il se situe et, par conséquent, de maintenir sa motivation tout au long de la séance parce qu’il sait où il va. »
Optimiser la concentration
« Plus on est petit, plus le niveau et le temps de concentration sont faibles. Au-delà de dix minutes, cela devient compliqué, sourit le Président de La Chaîne. Le but est de réussir à intéresser les jeunes suffisamment longtemps et, en même temps, de développer, chez eux, des qualités qui leur permettent de se concentrer un peu plus longtemps que d’habitude. C’est la raison pour laquelle, dans la méthodologie, il est important d’avoir des temps de travail qui ne soient pas très longs.
Le mieux est également de fixer, au maximum, un ou deux objectifs d’apprentissage par cours et de faire le point, à la fin de la séance, sur ce qui a été assimilé. De même, il faut dire ce que l’on fait et pourquoi car il y a un besoin de sens chez les jeunes. »
Associer pédagogie et amusement pour le public 6-10 ans
« En ce qui nous concerne, nous avons pris le parti de miser sur l’aspect éducatif à l’heure où l’on assiste à une tendance importante au décrochage scolaire parce que la plupart des enfants ont accès aux écrans, justifie Ben Mladjao. Or, les méthodes pédagogiques de l’école sont en décalage avec ce qu’il y a sur les écrans où le contenu est immédiat, instantané et changeable toutes les deux secondes dès que l’on s’ennuie. On est dans une société où l’on a la possibilité d’avoir accès à un certain nombre de choses très facilement. Forcément, l’école pâtit de cette problématique. Nous, nous avons la chance d’avoir des enfants qui viennent faire du sport et qui ont une appétence pour cela. Quelque part, en tant qu’encadrants, nous avons une certaine crédibilité à leurs yeux, parfois plus importante que l’instituteur.
Privilégier l’aspect ludique
Pour autant, avec ce public, il convient de privilégier l’aspect ludique tout en ancrant les activités dans un contexte réaliste. L’idée est d’associer pédagogie et amusement pour ne pas donner l’impression que ce soit, entre guillemets, une corvée. L’objectif est, à chaque fois, d’apprendre quelque chose par le sport, que ce soit ses valeurs ou une thématique éducative et scolaire.
Nous avons, par exemple, un exercice axé sur le foot et les mathématiques lors duquel les enfants doivent résoudre des opérations de maths tout en conduisant le ballon avec le pied. Pour cela, on trace une calculette au sol et ils doivent passer dans les cases. C’est vivant car ils sont toujours en action. Il ne s’agit pas de juste compter sur ses doigts. Le lendemain, quand le gamin va à l’école et qu’il fait des additions à trous, il se dit : « Trop bien, j’ai fait ça hier en sport, dans mon club ». Et du coup, il trouve cela plus intéressant parce qu’il l’a découvert dans un environnement amusant et non pas assis sur une chaise, en classe. »
Des encadrants partie prenante
« Avec les six-dix ans, ce qui fonctionne bien, c’est lorsque les encadrants s’intègrent au jeu dans une démarche collaborative. C’est galvanisant et motivant pour eux. Demander à un enfant de faire la chose, la lui montrer et la démontrer est crédibilisant pour l’éducateur, sachant que les jeunes sont dans l’apprentissage par le mimétisme. En revanche, le fait de participer à la pratique doit demeurer épisodique pour maintenir une certaine distance avec l’enfant et qu’il ne prenne pas l’encadrant pour son copain », nuance Ben Mladjao.
Privilégier une pédagogie active
« Il est indispensable d’être dans l’écoute et de ne pas avoir une pédagogie qui soit constamment directive mais, au contraire, active, dont le contenu ne soit pas descendant, insiste le Président de La Chaîne. Cela consiste, certes, à proposer, à l’enfant, un environnement cadré avec des règles mais également à être capable de le laisser exister dans ce cadre et de trouver des réponses par lui-même.
Entre six et dix ans, on est dans la découverte et l’on apprend par l’expérience. Cela requiert de laisser une certaine marge de manœuvre et une certaine marge d’erreur afin que le jeune ait possibilité de comprendre par lui-même ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas mais toujours dans un contexte sécurisé. Il est dans le questionnement et l’encadrant doit être capable de répondre à ses questions. Mais peut-être que la première réponse à sa question sera justement de le laisser expérimenter par lui-même et, dans un second temps, de lui répondre concrètement si tant est qu’il n’ait pas réussi à trouver la solution tout seul. En somme, il importe de susciter une démarche interrogative et explicative. »