Sport et handicap, les leçons de vie d’Ana
Tous les lundis matin, c’est le même rituel : Ana commence sa semaine en animant une séance sportive auprès de personnes en situation de handicap, au Club ALSF de Férolles-Attilly (77). Une place qu’elle n’échangerait pour rien au monde…
Une séance sportive adaptée au handicap
Des exercices accessibles pour démarrer en douceur
La première heure du cours est calme. Afin de mettre les organismes en mouvement, Ana débute par du réveil musculaire et de la gym douce. Chacun exécute les gestes selon ses capacités. Certains ne peuvent pas bouger le bas de leur corps, d’autres rencontrent des difficultés à lever un bras. Peu importe, le plaisir est bien présent parmi les participants. D’autant qu’assez vite, elle distribue balles de massage et élastibands pour varier les exercices. « Commencer toutes mes semaines avec eux m’apporte énormément, c’est une véritable dose de leçon de vie et de transmission réciproque ».
La deuxième heure est plus tonique avec des parties de basket fauteuil ou de boccia. Dans tous les cas, y compris pour la première heure, Ana peut compter sur les bénévoles de l’ASLF. « Souvent, j’anime ces cours en binôme avec un bénévole handicapé, très sportif, qui montre aux autres comment manipuler le ballon, shooter ou se déplacer sur le terrain selon le type de fauteuil. Certains ont des modèles prévus pour pratiquer une activité sportive, d’autres sont en fauteuil électrique. Ensuite, nous finissons par un match, c’est ce qu’ils préfèrent. Ils sont compétitifs, toujours dans la joie et la bonne humeur. Ils ont envie d’avoir des résultats et de scorer ! »
De l’humain et du sourire
Ana est titulaire d’un BP JEPS Activités Physiques pour Tous (APT). Elle prend un moment en début de cours pour écouter, demander à chacun quelles sont ses difficultés ou douleurs du jour, et mettre en place une approche individualisée. « Ils sont à l’aise avec moi pour parler de leur handicap, ce qui me permet d’adapter les mouvements en fonction de leur condition physique. Ce contact direct constitue la base d’un échange réussi. Ce qu’ils recherchent avant tout, c’est une relation sociale et du sourire. Ces personnes ont un mental incroyable. »
À partir de ce dialogue, Ana mesure les évolutions positives mais aussi parfois les dégradations motrices. « Certains ont des difficultés par exemple à obtenir un rendez-vous avec le kiné. Dans ces cas-là, je leur propose des mouvements qui peuvent les soulager, les faire travailler sur du renforcement ou sur des gestes utiles dans leur quotidien. » L’idée n’est pas de se substituer au corps médical, mais que la pratique en soit une valeur ajoutée.
Rendre le sport accessible à tous
Lever les freins à la participation
Les mairies de Férolles-Attilly et de Chevry Cossigny, en Seine-et-Marne, sont très investies dans le sport bien-être et son accès pour les personnes en situation de handicap, ce qui rejoint l’engagement de l’association ASLF, affiliée à la Fédération Française Sports pour Tous. Grâce à la subvention municipale, complétée par une aide départementale, le Club peut acheter du matériel spécifique. Ana dispose ainsi de fauteuils adaptés qu’elle installe les lundis matin. Ces aides permettent aussi de proposer des tarifs spéciaux sur les « adhésions handi » et de financer une sortie conviviale en fin de saison.
15 à 20 personnes en situation de handicap composent ce groupe, souvent orientées par des travailleurs sociaux ou des accueils de jour. Pour Ana, le frein principal est la gestion des déplacements, qui sont assurés par les familles, les professionnels ou le PAM (Pour Aider à la Mobilité), service de transport dédié pour les Franciliens handicapés. « Les pratiquants sont là tous les lundis, d’autres c’est un lundi sur deux. Selon leurs possibilités de trajet. »
Créer du lien entre les publics
L’animatrice multiplie également les passerelles entre les différents publics. Les adhérents ASLF sont conviés à une grande soirée annuelle pour fêter la Saint Patrick, avec repas, DJ et bonne humeur garantie ! Et plusieurs fois par an, Ana incite tous les participants à ses cours seniors, jeunes et autres sportifs, à venir tester le basket fauteuil. « On prête les fauteuils à ceux qui souhaitent découvrir cette réalité, pour qu’on puisse partager un moment tous ensemble, valides et non valides. C’est cela, l’inclusion : avoir cette curiosité de l’autre. »
