Comment bien choisir ses chaussures de sport ?
Êtes-vous bien dans vos baskets ? Au-delà du jeu de mots, cette expression recouvre une réalité que les sportifs assidus connaissent bien : chaque chaussure a une influence sur la performance sportive, mais aussi sur la santé physique. Mal adaptée à vos positions et à vos habitudes, elle peut vite créer une gêne, ou pire, entraîner des blessures.
Pour partir du bon pied sur ce sujet, nous avons interviewé Azedine DJEBARA, podologue du sport. Il intervient auprès de sportifs de tous niveaux dans son cabinet et à l’INSEP, l’Institut National du Sport et de l’Éducation Physique.
Bien choisir ses chaussures de sport selon sa pratique et son niveau
Vous accueillez en consultation des pratiquants professionnels et amateurs. Pour ces derniers, quel est le 1er conseil à leur donner ?
De choisir leur matériel sans essayer de ressembler aux athlètes de haut niveau ! Prenons le running par exemple : je reçois trop souvent des débutants qui achètent les chaussures repérées au pied d’un marathonien et ils s’imaginent que cela va les aider à réaliser un temps compétitif. En réalité, si quelqu’un s’est mis à la course à pied depuis peu de temps et qu’il s’équipe directement de chaussures à plaque carbone, il peut augmenter son risque de se blesser, notamment si son corps n’est pas encore suffisamment adapté aux contraintes de la course.
Pourquoi ?
Parce que ce sont des chaussures qui restituent une partie de l’énergie. Si l’organisme n’est pas suffisamment habitué à encaisser ces impulsions, cela risque de créer des lésions musculaires ou ostéo-articulaire. Alors que les sportifs aguerris qui les portent ont pris soin de préparer leur corps auparavant avec du renforcement musculaire.
Comment conseillez-vous un sportif qui vient vous voir, pour choisir la bonne chaussure ?
Je reçois en général des personnes sportives plus ou moins blessées, qui peuvent souffrir de lombalgies, de gonalgies, de tendinopathies ou de pathologies de croissance pour les plus jeunes. Je leur fais passer des tests de profilage pour identifier ce qu’on appelle « la préférence motrice ».
Comment arbitrer selon son style de course ?
Pouvez-vous nous expliquer cette notion de préférence motrice et son influence sur l’équipement ?
Chaque personne a tendance à se stabiliser naturellement sur l’avant ou sur l’arrière du pied. Cela détermine une manière d’aborder le mouvement sportif. Je vais reprendre l’exemple de la course à pied. Celui qui est stable sur l’avant va avoir tendance à dérouler une foulée avant-pied. Contrairement à une personne qui a ses points d’ancrage à l’arrière et qui court donc sur les talons. Dans les deux cas, le drop de la chaussure doit être adapté à la préférence motrice.
Le drop ?
C’est un critère essentiel en running, qui désigne le dénivelé entre la semelle avant et la semelle arrière. Une chaussure avec un drop faible est préconisée pour un coureur d’avant-pied, qui vient chercher à avoir du rebond. À l’inverse, en courant sur le talon, on vise à augmenter l’amplitude articulaire pour pouvoir dérouler le pas. Il faut un drop élevé dans ce cas. Une chaussure qui n’est pas adaptée à cette préférence motrice engendre des efforts supplémentaires et des phénomènes compensatoires.
Des chaussures adaptées à chaque activité sportive
Ce critère est-il valable dans d’autres sports ?
Pas forcément. En foot, le drop de la chaussure est nul, avec aucune différence d’épaisseur entre l’avant et l’arrière. Ce sont le positionnement du cramponnage et le type de crampons qui comptent. On voit encore des crampons à lamelles qui posent problème, car ils peuvent augmenter les blessures du genou avec un risque de rupture partielle ou totale des ligaments croisés. Les fabricants les ont peu à peu remplacés.
Les sports indoor (basket, volley, hand…) privilégient la stabilité des chaussures. On doit avoir suffisamment de flexions et d’extensions au niveau de la chaussure, mais sans torsion transversale afin de limiter le risque d’entorse.
Chaussures de randonnées : quels critères pour bien choisir ?
Et pour la rando, avez-vous des conseils à donner ?
Tout dépend bien sûr du type de randonnée, en prenant en compte le dénivelé, la présence de cailloux, l’humidité potentielle et si le terrain est accidenté ou non. Tous ces critères permettent de déterminer le cramponnage nécessaire avec plus ou moins d’adhérence. En hiver, on privilégiera une chaussure avec des crampons marqués et une gomme assez rigide pour pouvoir éviter le risque de glissade. On nous questionne beaucoup aussi sur le fait d’opter pour une chaussure étanche. Si on est amené à faire une randonnée sur plusieurs jours avec beaucoup de pluie, je ne vais pas forcément orienter vers un produit en Gore-Tex, donc étanche.
C’est paradoxal, non ?
Peut-être mais l’étanchéité est dans les deux sens : s’il y a trop d’eau et que celle-ci rentre dans la chaussure imperméable, elle n’en ressortira pas ! Je la recommande plutôt pour des humidités modérées.
Avez-vous remarqué qu’en corrigeant la chaussure, avec des exercices que vous préconisez, vous arrivez à améliorer les blessures ou à les réduire ?
C’est indéniable. Le premier traitement que je mets en place, c’est de vérifier que la chaussure ne soit pas délétère. Je recommande donc en cas de doute de consulter un podologue pour avoir des recommandations correspondant à ces besoins.